Débâcle

 

Le ciel s’effondrera. Le monde s’effondrera et tu seras enseveli dans les décombres de toi-même. Parce que tu t’es trompé. Tu crois que la Poésie est un hobby, un passe-temps, cerise sur ton gâteau d’orgueil et d’argent, un divertissement des heures creuses. Tu crois que le poème est à l’écart de ton histoire, à l’écart de ta survie, à l’écart du sourire de tes enfants et tu te fourvoies dans les boues de cette erreur, de tes vanités, tes appétits de pouvoir et de certitudes, tes pensées ordinaires, tes actes inutiles, tes orgies de prime time, de faux sourires, de faux seins, de faux culs, de faux nez. Tu ne sais plus rien, tu ne sais même plus parler. Ta pauvre langue est réduite au strict nécessaire oh, pour passer à la caisse, il suffit de peu de mots. On a fait de toi un vulgaire chaland, un galérien qui rame vers le néant, un esclave enchaîné à l’idée d’un fallacieux bonheur, un imbécile qui se croit heureux. Tu ne veux pas savoir. La Vérité ne t’intéresse pas. Bien sûr, tu ne crois pas ce que je dis, moi, le troubadour, le saltimbanque. On t’as fait croire qu’il ne faut pas y croire. Les apôtres en costard et discours, les princes, les marquis, les seigneurs qui te leurrent avec leur panoplies de démocrates. Chantres de la médiocrité, goinfres affamés d’infamie, ils affament ton âme et elle devient vorace, goulue, elle s’empiffre, regarde-toi, satisfait de ta vie en mangeant des pop-corn devant les matchs, les pubs, les spots. Qu’est-ce qu’un monde où l’on rit de Rimbaud et s’ébaudit de Baudelaire? Qu’est-ce qu’un monde où l’on oublie Appolinaire? Ou va l’humanité quand elle ignore que la Poésie est chant fondamental, souffle du centre de l’Univers et de toutes choses? Le poète est un passeur, interprète des partitions cachées du sens, sculpteur de l’indicible, conteur des légendes enfouies, chanteur des musiques tues et des silences sonores. Sa demeure est au centre des choses. Il est le gardien farouche et obstiné. Les Anciens le savaient qui de Grèce au Japon, des territoires Apaches aux confins de l’Afrique, du grand nord des Inuits au grand sud des Aborigènes, de Sibérie aux Hébrides et de la Chine aux Andes ont raconté la Légende par le chant et les vers. Et au travers de la Légende nous parvient le souffle primordial, l’alerte pour la nuit des temps, cante jondo des galaxies. Et toi, lardé de vanités, précipité dans une chute fatale, tu crois voler vers l’embellie. Regarde, déjà tes ailes sont incapables de battre. Tu cours à ta perte et ce monde avec toi. Parce que dans l’oubli du Poème, dans le mépris du chant profond, toute civilisation est vouée à la débâcle.

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