incertain

L'incertain

L’incertain, c’est ma seule certitude. Mon chemin de tous temps à jamais. Mon premier choix d’une vie en équilibre sur le fil du destin, fragile, qui menace de rompre à chaque instant. Qu’elle soit précaire, la vie, imprévisible, jamais comme je l’attends. Je ne battrai pas en retraite, j’irasi jusqu’au bout sans savoir où je vais. Voyager sans feuille de route, sans plan de carrière, sans recommandations. Naviguer à vue. Sextant, boussole et cartes imprécises. Lire les étoiles, déchiffrer la galaxie. Et puis n’y tenant plus, improviser l’itinéraire. Me tromper, m’égarer et découvrir quand même un archipel inattendu. Laisser le souffle monter de la terre, passer à travers le coeur, indiquer le chemin. La vie sera poétique ou elle ne sera pas. Elle est frappée de périls, alors il faut courir le risque avec la peur aux tripes et le verbe entre les dents, mais avec joie, tu comprends ça? Avec joie. Choisir le doute sans aucun doute. Ne pas savoir de quoi demain sera fait, ne pas vouloir savoir. On verra bien. En avant! En avant! J’ai l’âme bohémienne et le coeur en partance toujours pour l’équipée solitaire, le périple intime, l’aventure intérieure. Tu me crois immobile? Je traverse au-dedans les steppes inconnues à pas lent, obstiné, sur les sentiers du songe. La poésie est voie de combat, corps à corps avec l’indicible, empoignade avec l’éternité. Un vertige, un sacrifice, une fugue infinie. Tu ne sais jamais où elle t’emmène mais tu vas avec elle. Vaille que vaille. Sans poser de questions. L’incertain comme certitude, la précarité pour devise. Que sans cesse l’équilibre chancelle. Que le sol se dérobe. Que la lumière hésite. La seule chose qui soit sûre, c’est la mort. Alors en avant! En avant! Tu vas vers elle le regard droit, et c’est comme ça que tu vis. De chaque instant faire un poème. De tout ce qui advient. De mon amour, de mon chagrin, de ma colère, de mes victoires et de mes effondrements. Sans savoir de quoi demain sera fait. Il sera fait de ce que j’en ferai. Poétiser, matin, midi, soir, nuit. Et que chaque poème soit comme le dernier.