écriture

Connais-toi toi-même... (1)

CONNAIS-TOI TOI-MÊME… (1)

Pour qui souhaite s’engager dans une démarche, la question du sens de la pratique se pose. Souvent, la passion livrée à elle-même génère une quantité d’images difficile à gérer, dont l’intéressé ne sait plus très bien ce qu’elles représentent ni pourquoi il les a faites. Si nous restons dans le cadre photopoétique (la photographie qui parle à la première personne, qui dit : « je »), que faire de cette masse visqueuse, encombrante, confuse, désespérante? Dans les bajoues gonflées des disques durs s’accumulent les photographies de rues qui côtoient les portraits à la sauvette, s’empilent sur des abstractions urbaines qui cachent des paysages de campagne, eux-mêmes entassés sur des détails de nature, des graffitis, des images animalières sans oublier celles de la vie quotidienne, la famille, et les 4567 vues du Mont Aigoual qu’on a grimpé entre amis un matin l’été dernier… En faire quelque chose, oui, mais quoi?

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L’écriture photopoétique ne se laisse pas réduire à une logorrhée d’images, un  entassement - sauf à considérer la profusion et le chaos comme un concept … Elle est bel et bien le reflet d’un chant intérieur, un mode d’expression de soi, de ce que l’on a de plus intime, de ses états d’âme, de son rapport au monde… La quête du chant intérieur appartient à chacun, elle est affaire éminemment personnelle certes, toutefois elle requiert une connaissance, un apprentissage, l’élaboration d’une méthode adapté à soi, la détermination d’un but… D’aucuns préfèreront mener l’expérience seul, quand d’autres chercheront un interlocuteur qui saura apporter une expérience et un soutien. C’est à ces derniers que peut s’ouvrir la porte de l’Atelier. La recherche, dans tous les cas, reste affaire de choix, en quoi réside toute sa grandeur et sa difficulté. Il n’y a ni leçon ni maître pour en dispenser quand on chemine vers soi. Or lorsqu’on fait ce voyage en images, il peut s’avérer utile, voire indispensable, de ne pas embarquer seul. Faire appel à un regard extérieur représente l’un des meilleurs moyens pour lancer la démarche, la débloquer, la pousser plus loin en profitant des fruits d’une expérience dans l’élaboration d’un cadre sur mesure, avec un interlocuteur qui s’efforcera d’aider sans suggérer, et de transmettre ce qu’à lui-même d’autres ont transmis… Ce n’est pas la moindre des beautés de l’art photographique que d’avoir conservé ce rapport au compagnonnage, à l’entraide et à la transmission. Le travail à l’Atelier relève donc de l’accompagnement plus que de la formation au sens strict, même si l’accompagnement offre en soi une dynamique pour se former…  En référer à des connotations scolaires serait peu utiles dans l’espace poétique, qui est celui de la liberté d’être soi. Être soi et libre, certes, mais comme toute liberté celle du  photographe s’exercera d’autant mieux qu’elle connaît ses propres domaines d’action, d’inspiration, de compétences…

à suivre…