Sur la paysage vide I

VARIATION I

Au long du paysage vide, je marche, je respire, je disparais lentement à moi-même et aux choses. Le déclenchement de l’appareil photo viendra naturellement, s'il vient, quand je ne ferai plus qu’un avec ce qui est. Cela ne s’obtient pas sur commande. Je peux ne pas réussir à atteindre ce point d’équilibre sensible qui le permet. Je dois tout d'abord disparaître, me dissoudre. Je ne regarde pas ce qui se passe, et s'il se passe quelque chose alors je passe mon chemin. Je veux le monde nu, immobile comme la surface d'un lac par temps calme. Je ne veux rien saisir des apparences quand je photographie. Auncun événement, rien à relater, aucune remarque. Pas de beauté particulière, pas d'étonnement, pas d'anecdote. Rien. Je médite. L’image retranscrira peut-être le sentiment d’une situation qui concerne un homme, un temps, et un lieu. Une situation qui révèle par miroitement un mouvement intérieur, en un temps éclaté entre présent, passé et avenir. Un homme seul, confondu avec le monde. Le réel n’est rien sans sa part cachée. Son revers que seul la rêverie atteint. A condition de n'être pas conditionnée. Le moins possible.

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