De la photopoétique

Ces variations sont des extraits d'une pensée sur la photographie considérée comme forme poétique. Elles sont composées à partir des notes dont je noircis mes carnets au long des jours. Chez moi, en chemin, à la table d'un bistrot, dans une chambre d'hôtel, assis sur un rocher... Elles ne cherchent pas à circonscrire une pensée dans le cadre de la raison. Elles sont une autre expression du chant intérieur. Un thème vient, un mot, une idée, une phrase. Alors je déroule le fil, en improvisant, en essayant de me tenir au plus près du jaillissement naturel de l'écriture. Sans savoir où je vais. Comme un musicien laisse aller ses doigts selon l'inspiration sur la manche de sa guitare, ou sur le clavier d'un piano. Sans vouloir démontrer ni expliciter. Tout au contraire, c'est à moi, en premier lieu, que l'écriture révèle ce que l'intuition a suscité. J'écris pour rester dans l'espace poétique, lorsque la situation ne se prête pas à la photographie. Si le lecteur veut bien considérer ces variations comme des petits poèmes en prose, alors j'aurais au moins l'humble satisfaction d'avoir écrit à cet effet.

Sur le naturel et la fluidité, variation II

La photopoésie, c’est à dire cette manière de photographier que je fais mienne, ne s’intéresse pas beaucoup à la technique ni à la technologie. Le poète n’a besoin d’être un grammairien ou un linguiste pour écrire, il doit inventer son propre mode opératoire, se donner les moyens de sa pratique, mais pour ce qui me concerne ils sont assez réduits et ont pour vertu principale de se faire oublier du mieux possible pendant le service. Sans m’interdire la connaissance, après tout pourquoi pas, à l’heure de photographier, je ramène l’ensemble de mon savoir à un minimum d’éléments, qui vont me permettre d’agir avec naturel et la plus grande fluidité possible en chaque situation qui se présente. Un appareil télémétrique. Une focale fixe, courte. 50mm ou 28mm.